
Renal Disaster Relief Task Force (RDRTF)
Rapport sur le tremblement de terre de Boumerdes-Thenia, Algérie – 21 mai 2003
Jeudi 22 mai 2003 – 9h00
Bruno Van Vlem (BVV) et Norbert Lameire (NL) apprennent, qu’il y a eu un tremblement de terre dans le nord de l’Algérie(Boumerdes-Thenia) . Ils obtiennent plus amples informations par la radio le site USGS et les sites des agences de presse internationales (BBC, Reuters, Fox, CNN). NL demande à BVV de se tenir prêt pour une éventuelle mission. Jan Weuts (JW) de Médecins sans Frontières (MsF) nous informe qu’une équipe de secours peut seulement partir le samedi 24-05-2003.
Vendredi 23 mai 2003 – 16h00
BVV rassemble des "trousses de secours" avec des cathéters et du matériel de dialyse à l’hôpital universitaire de Gand.
Samedi 24 mai 2003 – 05h00
BVV et 2 infirmières de néphrologie (Gina De Brouwer (GDB) et An Scheir (AS)) prennent l’avion à Bruxelles pour l’Algérie via Milan.
14h40 :
L’équipe de repérage (BVV, GDB, AS) arrive à l’aéroport international d’Alger attendue par Serge Beel (SB) de MsF. L’équipe se dirige ensuite vers l’University Hospital Parnet Hussein-Dey (CHU Parnet).17h00
- Première réunion avec le Dr. Rayane, Dr. Haddoum et leur équipe au CHU Parnet. Il n’y a alors aucun patient en insuffisance rénale aiguë (IRA) admis au CHU Parnet. Le Dr. Rayane n’a pas connaissance de patients IRA dans les autres hôpitaux. Le Dr. Rayane et BVV contactent le Ministère de la santé et de la Population (MSPRH) et l' informent de la possibilité de dialyser au CHU Parnet et qu’il y a un stock de cathéters et d’autres matériels de dialyse disponibles. Le Colonel Dr. Borghi de l’hôpital militaire est contacté par téléphone: Il y a un nombre limité de patients IRA en crush syndrome (environ 10) il n’y a donc pas de besoin humain ou matériel immédiat.Dimanche 25 mai 2003 – 07h00
L’équipe part avec le Dr. Haddoum pour visiter les lieux de la catastrophe, particulièrement les services de dialyse et d’urgence, de soins intensifs et orthopédiques; Des brochures informelles sur l’IRA par crush syndrome sont distribuées.
Thenia (épicentre) :
Il y a de gros dégâts sur beaucoup d’immeuble à Thenia. A l’hôpital de Thenia la plupart des bâtiments sont complètement détruits. Le grand bâtiment hébergeant au rez-de-chaussée le service de dialyse est sauf selon le rapport préliminaire des ingénieurs. L’intérieur a subit de gros dégâts. Ce service prend en charge environ 60 patients chroniques. Au moment de la secousse, un groupe de patients était en train de dialyser; les patients arrachèrent les lignes et les aiguilles des fistules et se ruèrent à l’extérieur. Les patients sont maintenant dialysés dans plusieurs services éloignés; quelques-uns uns au CHU Parnet; la plupart dans deux centres privés de "Nefrodial" (IMC) à Rouiba et Baïnem. Nous avons discuté des possibilités de rétablir la dialyse localement. Les machines de dialyse ont été épargnées. La plupart des installations comme le traitement de l’eau sont intactes. Nous avons discuté aussi du stress psychologique pour tous les patients; en particulier pour les patients dialysés chroniques: perte de famille, de la maison, crainte de subir la prochaine secousse à l’hôpital et la nécessité d’aller dialyser dans un hôpital à plus de 10 kms.Boumerders :
Visite du service de soins français; confirmation par l’hôpital régional qu’il n’y a aucun patient en IRA à cet instant et qu’il n’y en a pas eu avant.Rouiba :
- IMC warehouse: lots de matériel de dialyse en stock.
- Hémodialyse à l’hôpital: fonctionnel pour leurs propres patients chroniques, et pour quelques-uns de Thenia; aucun patient en IRA
- Service privé (Nefrodial (IMC)): fonctionnel pour leurs propres patients chroniques, et pour quelques-uns de Thenia;
Ain Taya :
Aucun service de dialyse. Il y a un patient oligurique en chirurgie: des conseils sont donnés pour la réanimation et l’information d’un transfert possible du patient au CHU Parnet.- Hôpital militaire (Dr. Borghi)
-environ 15 patients IRA en dialyse
-aucun besoin de personnel ni d’équipement
-CHU Parnet
-Remise de plusieurs cathéters d’HD et DP et de kayexalate
-Conférence avec le Prof. JP Grangaud (MSPRH))
-Redémarrage de la dialyse à Thenia
-Aide psychologique
lundi 26 mai 2003 – 9h00 :
L’équipe part avec le Dr. Rayane pour visiter 2 hôpitaux supplémentaires:
-Glissine (Hôpital de la Police): 1 patient IRA en crush syndrome en anurie; arrangement pour son transfert au CHU Parnet
-Mustafa: aucun besoin en personnel ni équipemlent
12h00
: Après concertation de l’équipe de secours et contact avec les Dr. Borghi et Rayane, il est décidé que la situation est sous contrôle et qu’il n’y a aucun besoin d’aide internationale pour traiter les patients IRA. L’équipe remercie tous les collègues pour leur accueil chaleureux, leur aide efficace dans les démarches et le management des problèmes relatifs à la catastrophe (remerciement particulier au Dr Borghi, Dr Rayane, Dr Haddoum et Dr Grangaud). L’équipe repart vers l’aéroport d’Alger pour arriver à Bruxelles à 21h40.Résumé de la mission
La très rapide évaluation, à la fois de la capacité de dialyse et du nombre de patients - liée indiscutablement à l’expérience précédente et à l’efficacité de MsF – a mené à une rapide conclusion qu’aucune aide internationale était nécessaire pour le traitement de patients IRA . Une description des caractéristiques cliniques des patients IRA pourrait être utile plus tard pour la "préparation catastrophe" de notre ISN-RDRTF (peut-être par l’amélioration des prévisions du nombre de patients IRA proportionnellement aux décès, type de bâtiments, jour versus nuit etc.): le Dr Borgi et le Dr Rayane y travailleront. Le stress psychologique(particulièrement des patients hémodialysés chroniques de Thenia) a été pris en compte; une aide professionnelle sera envisagée avec MsF. RDRTF et MSF ont promis d’aider autant que possible avec ASAP le redémarrage de la dialyse à Thenia. Dans la discussion des options sur la reprise de la dialyse à Thenia, il y a 2 possibilités:
- La restauration du bâtiment de l’hôpital actuel (après le rapport final des ingénieurs sur la sécurité): pourrait être couteux et long; pourrait causer un stress psychologique important aux patients qui se sont précipités dehors lors de la secousse.
- Construire un bâtiment modulable : espace qui devrait être installé près du traitement de l’eau; devrait être plus rapidement opérationnel, plus sécurisé dans l’éventualité d’un autre tremblement de terre.
Bruno Van Vlem, 31-05-2003